Ciels domestiques, a+b designers, cantine du jardin d’éveil, Nègrepelisse

Ciels domestiques, a+b designers, cantine du jardin d'éveil, Nègrepelisse

L’aménagement d’un espace pour les 2-3 ans, par a+b designers

« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent). » Antoine de St Exupéry, Le Petit Prince

… Que savons-nous d’un enfant de 2 ans ?
Cet autre qui fut nous-même et qui nous est en quelque sorte devenu étranger. Un individu entier qui perçoit le monde comme étant le sien ; un individu en cours de socialisation dont toutes les logiques et les sensations nous échappent.
Notre perception en est de fait approximative.
Comment alors penser et concevoir un lieu de vie collective tel qu’une cantine, sans réduire la proposition à une représentation d’adulte de ce que doit être cet univers « idéal », ou à une approche « ergonomique » nécessairement réductrice quant aux enjeux relationnels, culturels et sensibles relatifs à ce projet ?
Le temps du repas est autant le moment pour l’individu de se nourrir, qu’un prétexte au partage d’un évènement ; cependant pour un public âgé de 2 ou 3 ans, le risque est grand de fantasmer « un manger ensemble » éloigné de leur réalité.
En collaboration avec un psycho-sociologue, nous avons élaboré une approche hybride par laquelle nous voulions tenter de saisir, par delà le langage, la qualité sensible de leur relation au monde. Toute forme d’évènement plastique qui semble être pour les adultes un détail insignifiant, cette « chose » qui n’a pas encore de nom, est pour l’enfant source d’éveil et d’exploration empirique lui permettant de construire sa perception du monde.
Ce sont ces moments fugaces où notre monde rencontre le leur, ces pas de portes complexes où nous nous retrouvons un court moment, qui ont façonné et rythmé notre démarche.
Si la cantine est un lieu d’habitude, nous l’avons voulu faite d’évènements dans le détail, outils et prétexte à ce que l’enfant rencontre ce qui l’entoure et qu’il se tourne vers l’autre.
Nous avons dessiné un espace oscillant entre le familier et l’étrange où les événements du réel sont des portes vers un ailleurs imaginé, et les objets des repères participant à tisser une histoire affective avec ce lieu qu’est la cantine. Un lieu pour cultiver un chez-soi, ailleurs.


Réhabilitant la fonction poétique comme une nécessité constitutive de la genèse du regard, les objets sont l’expression d’un glissement de la nature dans l’espace domestique, la réintroduction d’une forme d’émerveillement dans notre « civilité ».
Parmi ces objets, ces « choses » domestiques qui habitent la cantine… une "Lumone"* matérialise un ciel, une voûte, qui dessine des territoires comme le temps du repas… des "Animalis"* s’éveillent ou réagissent lorsqu’ils sont sollicités…
Il nous semblait important de proposer un espace à pratiquer, peuplé d’objets qui ne soient pas circonscrits dans un usage mais libres des interprétations qu’en fera l’enfant.
La part de l’éveil est aussi celle du rêve ; l’observation d’une ombre, d’une lueur, la pesanteur ou la texture d’un objet, sont autant d’éléments déclencheurs d’une narration qui leur serait propre, d’un monde que ces enfants seraient en train de dessiner au lieu de…

a+b designers

*termes imaginés par les designers