Le mot de la Fondatrice

Le mot de la Fondatrice

La cuisine est un centre d’art et de design développé par la commune de Nègrepelisse dans le Tarn-et-Garonne. Ce lieu dédié à la création artistique contemporaine questionne, par sa thématique sur l’alimentation, les us et coutumes de la table et, implicitement, les enjeux et le devenir d’une époque du consommable. En s’infiltrant dans les usages quotidiens, nous invitons artistes et designers à réfléchir aux interactions possibles entre la création et la cité.

La cuisine développe les missions d’un centre d’art en termes de soutien à la création, de diffusion et de sensibilisation. La cuisine est hébergée dans un bâtiment spécialement conçu pour ses activités par le cabinet d’architectes catalans RCR sur le site du château de Nègrepelisse.

Ce projet est né en 2004 grâce à la volonté de l’ancien maire de Nègrepelisse, Jean Cambon, de développer un projet culturel sur son territoire. Pour ma part, je finalisais ma thèse de doctorat en arts et je développais une pratique artistique portant sur l’infiltration de l’art dans les réseaux du quotidien. Une première année d’échanges et d’études a conduit à dessiner le positionnement de ce projet : accompagner la création contemporaine sur le territoire en privilégiant une approche contextuelle, c’est-à-dire appeler à des processus de coopération qui cherchent à refondre la place de l’art dans la société.

Nourri des bilans critiques des politiques de démocratisation et de décentralisation culturelles mais également des engagements des artistes des avant-gardes et de l’art contextuel, ce projet s’est engagé du côté de la création et de la participation : questionner notre rapport à l’art ainsi que sa place au sein de notre territoire et dans le quotidien de chacun constitue le socle idéologique de cette démarche.

C’est pourquoi nous avons choisi de mettre en place un centre d’art et de design lié à la thématique de l’alimentation. Au coeur de ce territoire rural du Tarn-et-Garonne, les productions agricoles, la transmission des savoir-faire et les protocoles de la table constituent des enjeux importants. Par ailleurs, l’alimentation occupe une double position, à la fois culturelle et sociale : l’aliment est un produit de consommation particulier qui engage une relation intime avec l’individu car il est incorporé. Comme l’expliquent l’anthropologue Claude Fischler et le sociologue Jean-Pierre Poulain, l’aliment « devient le mangeur lui-même, participant physiquement et symboliquement au maintien de son intégrité et à la construction de son identité. Manger, c’est aussi un acte qui relie l’homme à la nature, au réel. » En outre, au centre des débats sur l’agriculture se retrouvent les questions fondamentales liées à l’origine de l’homme et à son lien à la nature qu’il modèle. Ainsi, le statut et la représentation de l’alimentation constituent aujourd’hui un des axes fondamentaux de la construction identitaire de la société.

Le centre constitué, nommé « La cuisine », articule aujourd’hui les domaines de l’art et du design appliqués à l’alimentation. Il conjugue une programmation artistique et une médiation culturelle tournées vers des activités de création et de recherche en rapport direct avec le territoire, son identité, ses productions et ses mœurs. En opérant dans le registre de l’ordinaire, La cuisine expérimente divers champs d’expression pour la production artistique. En s’ouvrant à un design qui aborde la question du civisme ou encore à des pratiques artistiques en lien avec la ville et l’habiter, nous cherchons également à engager un dialogue entre élus, habitants et artistes dans des projets interrogeant nos modes de vie en société et visant notamment la qualification et l’aménagement du territoire. Ainsi, nous invitons régulièrement des artistes ou des designers à intervenir directement dans la ville ce qui a donné lieu à la réalisation de créations pérennes telles que les installations dédiées au pique-nique des 5.5 designers, la cantine de la nouvelle école par a+b designers ou encore le rucher municipal de matali crasset.

Il s’agit également, à l’heure d’une grande transformation des territoires ruraux, d’associer la création artistique à des réflexions politiques et urbanistiques. En tant que centre d’art, nous avons la conviction que nous devons investir ces espaces. En affirmant une conscience politique, cet engagement artistique vis-à-vis de la collectivité cherche à nourrir un projet commun auquel chacun peut prendre une part active.

Stéphanie Sagot
Fondatrice de La cuisine
Artiste associée

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Stéphanie Sagot, directrice artistique et scientifique de La cuisine, centre d’art et de design. © Alexandre Bena.