Le mot du maire

Si la question de savoir comment un projet culturel, singulièrement celui de La cuisine, s’inscrit en se construisant dans un territoire est une question importante et quotidienne pour les acteurs et animateurs du centre d’art, l’interrogation pourrait alors se résumer, se réduire à des réponses pratiques : énumération d’actions, bilan, compte-rendu des activités qui indiquent comment cet équipement a fait des propositions ou a répondu à des sollicitations du territoire qui l’entoure. Les relations avec les médiathèques, les écoles, les collèges, les lycées, les villes et villages, les autres équipements culturels constitueraient alors l’épine dorsale de la réponse et finalement la création serait le prétexte à fournir une réponse contemporaine à un désir de connaissances culturelles.

Notre réflexion sur la création et sur sa place dans la cité nous conduit à penser que celle-ci est l’élément à partir duquel doit être construit la politique culturelle d’un territoire dont d’ailleurs les limites sont aussi l’objet d’une réflexion, car n’est-ce pas également le processus créatif qui définit l’espace auquel il s’adresse et qui remodèle ses limites initiales ?
Ainsi la ville de Négrepelisse ayant crée le centre d’art n’est-elle pas conduite d’accepter que l’écho produit par celui-ci résonne dans des limites qui sont déterminées par un rapport plus subtil : celui de l’appartenance territoriale dans ses liens avec un langage qui peut interpeller chacun ou qu’il soit.
Ce langage c’est l’oeuvre et c’est le processus créatif, c’est la capacité de s’interroger concrètement afin de savoir pourquoi, ici, là où j’habite, il naît quelque chose plutôt que rien. Le" territoire" offre le cadre dans lequel la responsabilité publique par rapport à cette question de la création peut s’estimer. Qu’en est-il sur ce territoire de la musique, du dessin, de la danse, des arts, de l’éducation artistique et de sa valorisation ?

Le territoire c’est aussi le lieu de la rencontre des hommes. Et, pour nous, le processus créatif dans la cité c’est la volonté de la puissance publique de permettre l’expression des talents artistiques, des volontés artistiques, d’avoir suffisamment d’écoute pour les repérer et de jugement pour savoir à qui accorder sa confiance. Ainsi ma rencontre avec Stéphanie Sagot et de l’apparition de l’art contemporain et du design à Négrepelisse, du tissu relationnel qui se trame au fil des jours entre les personnes, le territoire et les oeuvres.

Le territoire, c’est également là où des citoyens acceptent de consacrer une partie des richesses au financement des activités de création dans un lien personnalisé, spatial et temporel. La représentation par les habitants de la culture et de la création peut être, parfois, une limite à son existence et à son développement. Il est ainsi essentiel que chaque artiste considère que le rapport à ce territoire passe par un dialogue dont il faut inventer les phrases et penser leur intelligibilité. Ainsi les aires de pique-nique des 5.5 designers qui jalonnent la promenade sur l’île, espace naturel sensible, la cantine de a+b designers dans une école maternelle dédiée à l’éco-construction, le rucher communal de matali crasset invitant au partage et au respect de la nature dans l’espace public en attendant les "Citations" d’Alexandre Moronnoz revisitant les pratiques anciennes de la rivière Aveyron et proposant des objets contemporains imprégnés de l’histoire des lieux.
Ces oeuvres proposent un espace public réinventé par le dialogue entre les habitants, leur histoire et la créativité des designers.
 
Mais le territoire, c’est également le lieu d’un dialogue particulier que les habitants entretiennent avec des pratiques oubliées, rejetées voire taboues lorsque La cuisine propose des oeuvres, des résidences interrogeant et inventant des objets (Duende collective) pour des pratiques surannées (urnes à placenta, bijoux en lait maternel), le moulage de membres de citoyens de Négrepelisse au moyen de chair à saucisse interrogeant via le repas de quartier la notion de partage du corps social dans le rapport d’horreur que représente le fait de manger autrui (rf : exposition de Carole Douillard), le détournement d’images hyper banales collectées sur Internet renvoyant à des pratiques quotidiennes absorbantes et vaines (Thomas Mailaender).Tout ceci crée un espace public idéal où la résonance précède la compréhension de ce que nous avons été et de ce que nous sommes.

Jean Cambon, maire de Nègrepelisse

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